Francis Ponge, raillant le lyrisme romantique, disait : « J’éternue, je vous montre mon mouchoir – et voilà un poème ». Vangelis qui a pourtant produit l’année suivante – 1982 – quelque chose de phénoménal dont on peut se rappeler par ici, n’a pas lu Francis Ponge en 1981.
D’où cette musique épouvantable, surtout épouvantable à cause de cette épouvantable partie de piano qu’on croirait composée par Clayderman. Quant au clip dans lequel on le voit jouant au piano cette partie épouvantable devant le film projeté sur un écran, au-delà du piano à queue, eh ! bien, j’appelle cela de l’escroquerie. Il a éternué, nous montre son mouchoir – et voici un clip.
Quant à Clayderman, je me demande s’il n’est pas l’assassin de Francis Ponge.
Demis Roussos est de retour et il est amour, à en croire la campagne de publicité qui annonce la sortie de son nouvel album. C’est à voir.
Il se cache aussi dans des recoins musicaux où on ne l’attend pas, du moins quand on oublie qu’il appartient à une certaine génération de musiciens grecs.
Qui croirait par exemple voir son visage barbu flotter dans la bruine sale de Blade Runner, près de ceux de Ruter Hauer ou Harrison Ford ? C’est pourtant bien sa voix, filtrée, accélérée et chantant dans une langue à laquelle il n’a pas accoutumé ses auditeurs, que l’on entend, dans ce morceau, entre autres, de la bande originale (dans la version Esper Edition, si quelque connaisseur pointilleux se posait la question).
Le pire cauchemar de ce temps-là consistait sans doute à être piégé dans, voire, pire encore, par le synthétique lui-même. Hal avait ouvert la voie d’un processeur qui dépassait et outrepassait son essence, mais il était devenu fou et dangereux parce que son désir d’humanité ne connaissait pas les limites (morales, métaphysiques, entre autres) de l’humain. Il allait en être de même, mais à l’échelle encore supérieure des androïdes indécidables de Blade Runner. (C’est Vangelis qui en composa la bande originale.)
Dans Tron, la machine devint un monde en soi : l’humain y devenait synthétique. (C’est Wendy Carlos qui en composa la bande originale (de même qu’elle avait signé celle d’Orange mécanique).)
Synthétique, synthés vintage – une seule ligne à suivre.