Dans le jargon québécois, une aire de rapprochement, c’est :
x - la zone du plan où se situe la tangente à la courbe ?
y - ton plaid Celio® étendu sur la pelouse pour le pique-nique ?
z - un sauna échangiste ?
Eh bien, non, c’est une cabine téléphonique. Tiga nous dit Ciao! pour son nouvel album. La bonne surprise, c’est Overtime.
Peu d’overdose de saturations, justement. Et ça fait du bien.
Une nappe qui ondule sur des cris suffisamment étouffés pour ne pas être stridents.
Des synthés très matures pour les trente premières secondes de Speak, memory.
Amanda Lepore est une icône, dit-on. En ce moment, une exposition du photographe David LaChapelle à la Monnaie de Paris permet de s’en rendre compte en vrai, c’est-à-dire, concernant Amanda Lepore, en photo. Puisqu’elle est une icône, elle ne peut exister que sous la forme d’une image. La véritable Amanda Lepore est donc une photographie.
La personne portant le nom d’Amanda Lepore existe au même titre que l’Ics : impossible d’avoir accès à elle dans le Cs hormis dans une version considérablement déformée par le Pcs. Du Pcs, le rôle est ici joué par David LaChapelle.
Ce clip de Tiga permet à ceux qui l’auraient oubliée de goûter la version originale n°2 de ce tube dont j’ai dit quelques mots ici déjà. On y voit Amanda Lepore portant sur elle, stigmates pailletés, la possibilité et la nécessité de cette « ombre dans l’ombre ».
Woman in shades = woman in the shade = woman is the shade.
L’air de perfection que prennent certains morceaux les rend, croit-on, impossibles à remixer. On leur applique volontiers le qualificatif d’ultimes pour signaler ainsi que rien ne viendra après — c’est-à-dire d’après — eux. Comme l’herbe après les Huns, le remix ne pousse plus après les chefs-d’œuvres.
Ce constat, on le fait surtout a posteriori, une fois entendue la tentative infructueuse. La puissance symbolique du morceau original était telle que le voilà tabou, intouchable, et la malédiction se communique à qui défie l’interdit. Aussi ne compte-t-on plus les remixes ennuyeux, affadissants, serviles, négligents, transparents, mégalomanes, démesurés, etc. — mais je me livrerai une autre fois à une typologie par l’exemple des remixes manqués.
Pour l’heure, je voudrais surtout mettre l’accent sur une réussite. Tiga & Zyntherius, autrement dit Jori Hulkkonen (dont on pourra lire tout le bien que je pense de l’album Errare machinale est dans le prochain numéro de Une Nuit Sous Influence) avaient fait paraître en 2001 un maxi, Sunglasses ep : le titre était une reprise du Sunglasses at night de Corey Hart, datant de 1983. Ils étaient parvenus à conserver l’essence de la production de ce morceau à la jonction ente rock U.-S. hyper-guitarisé, rythmique post-indus (y compris dans la voix, sinon surtout) et froidure synth-pop ; ils avaient en même temps transposé cela dans la musique de leur temps. Moins de guitares, mais plus de froid et une voix sur-synthétisée.
Alors, indépassable, ce morceau ? Je l’aurais cru. Or, il vient justement de donner lieu à une ressortie enrichie. Plusieurs remixes sont très bons dans leurs genres, c’est-à-dire variés, comme le premier de Popoff ou celui de Black Devil Disco Club ; d’autres — eh ! bien, je les ai déjà oubliés. Quant au plus fou, quant à celui qui a pris la mesure de l’original et peut seul dignement se mesurer à lui, il est signé Alter Ego. Long de plus de dix minutes, il est même trop court.
Tiga & Zyntherius : Sunglasses at night (Alter Ego remix)
Dans cette version remixée par Tiga de Yr mangled heart de Gossip, la transversalité de la musique trouve un lieu où se manifester.
Tiga est parvenu à y maintenir intacte la puissance du chant de Beth Ditto, c’est-à-dire même à la pousser à son paroxysme en lui laissant toute la place. La voix s’y retrouve à nu, rare posture dans le champ de l’electro. Ce paradoxe s’entend plus particulièrement dans la première partie du morceau, où un kick de batterie et un sifflet dans le lointain servent de piste d’envol à cette seule voix, laquelle continuer de l’emporter ensuite et jusqu’à la fin même sur les basses qui vibrent, les synthés et le reste.
Le break central aux congas numériques — nom de Dieu, des congas numériques ! — entretient cette continuité de la voix, alors en attente.
Gossip : Yr mangled heart (Tiga’s Congabreak remix)