Synthétiseurs, géométrie, pédé : trois ingrédients universels qui devraient faire à tous aimer Principles of Gemometry. Je m’explique.
Lors d’une précédente émission de PoneyClub 54 consacrée aux synthés vintage, que l’on peut écouter à cette adresse, j’ai eu l’occasion de dire combien une trop récente découverte musicale, à savoir Principles of Geometry, m’avait remué.
Dans Murder motel, il est question de « big moustache, it’s sugar free », première preuve que cette musique est pédée1. Si l’on écoute A mountain for president, même sans moustache on se rend bien compte que cette musique est pédée. Et ainsi de suite, de morceau en morceau. Je ne prétends pas que ceux qui l’ont composée sont pédés. Je ne jurerais pas que tous ceux qui l’écoutent soient pédés. Cette musique, aucun doute là-dessus en revanche, est pédée. Écoutez et prouvez-moi le contraire.
Principles of Geometry : A mountain for president
Je réserve pour une date ultérieure un développement de cette théorie et la laisse pour le moment se dérober sous la forme d’une intuition. À quiconque voudrait en discuter, je propose d’aller prendre un verre.
À nouvelle théorie, nouveau fait de langue : pédé est aussi un adjectif. ↩
Porte-t-elle un nom, à l’instar de la gestation, la période qui précèderait et préparerait la mort ? La fin du mensuel Volume dont j’eus une fois puis une autre fois l’occasion de parler, après neuf numéros, semble le résultat de ce processus encore innommé.
Cette fin est à mes yeux regrettable pour cette seule raison que j’avais puisé à la source de ce magazine de rafraîchissantes gorgées de son. Le dossier dernièrement consacré à Depeche Mode témoignait de cette envie de partager et d’écouter la musique dans une perspective, qu’elle soit historique ou esthétique. La musique comme communauté non pas seulement de goût, mais de pensée : à cette idée-là, ce magazine-là pouvait par moments être fidèle.
En guise de signalement – comme on le dit entre les murs d’un commissariat de police du portrait d’une personne portée disparue, de cette disparition – une vidéo référencée dans leurs pages et qui illustre on ne peut mieux l’idée que la musique synthétique a à voir avec le diable. Voir et entendre Anton Lavey jouer des classiques de la musique circassienne rappelle également ce que les clowns ont de commun avec la folie.
Le pire cauchemar de ce temps-là consistait sans doute à être piégé dans, voire, pire encore, par le synthétique lui-même. Hal avait ouvert la voie d’un processeur qui dépassait et outrepassait son essence, mais il était devenu fou et dangereux parce que son désir d’humanité ne connaissait pas les limites (morales, métaphysiques, entre autres) de l’humain. Il allait en être de même, mais à l’échelle encore supérieure des androïdes indécidables de Blade Runner. (C’est Vangelis qui en composa la bande originale.)
Dans Tron, la machine devint un monde en soi : l’humain y devenait synthétique. (C’est Wendy Carlos qui en composa la bande originale (de même qu’elle avait signé celle d’Orange mécanique).)
Synthétique, synthés vintage – une seule ligne à suivre.
Il fut un temps où les épaules se portaient larges. « Nous étions jeunes, etc. » disait l’un : mais ce n’est pas d’une force physique ni d’une envie d’en découdre que témoignaient ces épaules démesurées. Bien au contraire, c’était l’ombre d’une idée futuriste de naguère qui se portait encore, entre autres sur les épaules — l’idée que le futur, le moderne et le maintenant se paraient de gris, sinon de grisâtre, et que le corps avait changé ou aurait changé jusque dans ses proportions et sa géométrie d’ensemble.
Le moderne et le maintenant d’alors portent aujourd’hui le nom de synthétique, et le synthétique se voyait autant qu’il s’entendait.
Alors R2D2, oui, modèle du synthétique à son accomplissement, puisqu’en plus de la matière dont il était composé, son langage que tous semblaient comprendre y compris les êtres de chair et non de silicone, représentait jusque dans sa forme de bips, blips et tuts la modernité surhumaine — mais moins comme père que comme oncle d’Amérique, car les sons du Doepfer, c’est à une musique large d’épaules qu’elle fait penser surtout : celle de Propaganda. Leur morceau P-Machinery et les images du clip qui l’accompagnent peuvent, dans le domaine de l’imaginaire, être dits de fondation.
Vintage, euphémisme pour vieux, ringard, vieillissant, passé de mode. On surprendra bientôt dans les transports en commun des échanges comme celui-ci : « Alors, comment i’ vont, tes vintage ? — Ma mère, ça va, mais mon père, il a la prostate. — Dur… »
Le morceau qui suit a été enregistré en 1985 par A. Radionov, alors jeune Soviétique qui triturait un Yamaha CX 5, deux synthés (Yamaha DX 7 et Roland Jupiter 4) et une boîte à rythme (la TR 909).
Le politburo dit : Da !
A. Radionov : Modern pentathlon suite, part 2. Electronic jockey (Horse races)