Le langage est une matière vivante en constante évolution, triturée par les multiples discussions de comptoir et les journalistes de tous poils.
Un bon exemple de glissement sémantique est la lente transformation du mot « punk » dans le langage courant.
Avant, quand un mec se plantait le doigt dans le nez en public, il était crado et dégoûtant, maintenant il est punk. Avant, quand ton meilleur pote tabassait sa meuf et vomissait sur ton canapé-lit son bo bun-vodka, c’était un con, un branleur, un paumé, maintenant il est punk.
Avant, quand un artiste cassait sa guitare sur scène, il était fou, allumé, nihiliste, maintenant il est punk.
Avant, quand un mec se barrait et laissait sa petite amie seule et enceinte de huit mois, c’était un sale type, un adolescent attardé, un salaud, maintenant il est punk.
Quand un mec fume une cigarette en club, qu’il pisse sur la cuvette des w.-c., qu’il refuse les interview, qu’il s’endort sur sa chaise pendant un repas de famille, il est punk.
Les méchants avions qui salissent le ciel avec leur CO2 tout caca sont aussi des punks, maman ?
Vidé de son idée d’anticonformisme et de contestation politique, le mot punk est une valise, une malle gonflée à bloc qui permet d’insulter quelqu’un sans s’en prendre une, de glorifier l’individu tout en lui crachant dessus (ndlr: ça, c’est punk !).
Quand à 8h30 du mat’ en after, on qualifie de punk le mec qui vient d’éternuer sur sept poutres bien droites, passe encore, mais que dire de l’utilisation outrancière du mot dans la presse ?
Ça fait gagner de la place ?
C’est sûr, un mot qui en remplace onze, ça fait gagner de la place…
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