post Déplacement libre

16 mai 2009 @ 22:02

par Chloé Amandier

Je pensais atteindre l’extase sonore et je peux dire que je reviens des limbes aux cris des plus agités.

Hier soir, vendredi 15 mai 2008.

Je me réjouis naïvement d’être en possession de cette chose précieuse qu’est un bout de papier imprimé me garantissant une entrée gratuite avant 1h30. Ah… bonheur, tu es là…

Rendez-vous devant le Bataclan un peu avant 1 heure, par précaution, avec Paul Kalkbrenner, Kiki, Chloé et ces gens de BPitch ctrl. Est-ce le plateau ou la profusion d’entrées gratuites imprimées à tout va, à l’origine de ce magma de chair humaine entassée sur des mètres et des mètres, au delà des vapeurs grasses du kebab d’à côté ?

Confiante toutefois, je m’y plonge, en faisant boucler ma langue avec des phrases typiques d’une agoraphobe en quête de réconfort : « T’inquiète, on va vite rentrer, il y aura de l’air. Et puis, ça tient chaud. Hum, c’est quoi ton parfum ? »

Sauf que le magma de chair est mouvant, d’avant en arrière, avec des cris dignes de supporters de foot de deuxième division, que des bouteilles en plastiques volent, que des clopes s’allument alors que tu n’as même pas la place pour ouvrir une narine, que tu ne sais plus que tu as un orteil gauche. Je dirais 300 individus.

L’hystérie grimpe progressivement, mêlant peurs, excitations, alcool, envie de rentrer, envie de pisser… Impossible de s’en échapper.

Des hurlements. Des pleurs. Les gens heureux à l’intérieur sont protégés du spectacle : on les autorise à fumer à l’intérieur, pour qu’ils n’assistent pas au spectacle depuis le fumoir du dehors. Les videurs ont les pupilles paniquées. Un garçon enlèvent son t-shirt et saute au cou d’un autre. Une fille le tape.

Reculez, reculez ! Peuple ! Mais où ? Pour quoi ?

Les hommes de la sécurité estiment efficaces les techniques du rugby : courbé en avant, l’échine stable, tête baissée, les bras embrassant. Filles en pleurs, garçons en rage, par dizaines plaqués puis entassés dans la douleur, les uns sur les autres, sont ainsi écartés jusqu’à l’intimité silencieuse d’avec le caniveau du boulevard Voltaire. Une violence rare.

Plaquages au sol justifiés par le simple fait que tu n’a pas reculé d’un mètre ?

Je vais te tuer !

Et les obstinés déterminés à rentrer tout de même dans la soirée, ceux-là auront eu finalement à payer leur place, car le gong de 1h30 avait sonné depuis bien longtemps, évidemment ! J’espère sincèrement que leur jouissance aura été de taille.

Je n’ai rien compris à tout cela. Je ne sais pas si j’ai bien vu.

la jouissance par 20cm²

Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit.
(Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie.)
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