26 février 2009 @ 23:21
par raph

Terre Thaemlitz
Terre Thaemlitz est un drôle de type qui aime s’habiller en dame, vit au Japon, dirige un label au nom légèrement inquiétant (Comatonse), construit des sites internet très beaux, s’implique dans les gender studies et voue à la house un respect absolu. Profondément marqué par la musique des petits clubs gays de New York et du New Jersey dans lesquels il a joué à la fin des années 1980 et au début des années 1990 sous le nom de DJ Sprinkles, il signe un saisissant album, Midtown 120 Blues. Dix titres deep dépouillés à l’excès, hypnotiques, tristes, limités parfois à presque rien : une boucle, deux notes de piano, une ligne de synthé qui s’étire, une voix lointaine… Dans l’intro qui ouvre l’album, il commence par brûler la carte postale qui veut que la house parle d’amour et de bonheur : « The House Nation likes to pretend clubs are an oasis from suffering, but suffering is in here with us », avant de rappeler le contexte dans lequel elle a émergé : « sexual and gender crises, transgendered sex work, black market hormones, drug and aclcohol addiction, loneliness, racism, HIV, ACT-UP, Tompkins Square Park, police brutality, queer-bashing, underpayment, unemployment and censorship – all at 120 beats per minute ». Il se paie au passage Madonna, dont il juge qu’elle est une incommensurable salope pour avoir dévoyé dans son méga hit Vogue le queerissime concept des Vogue Balls, ces concours de danse travestie très prisés des Noirs et des Latinos new-yorkais. Le très marrant titre du morceau Ball’r (Madonna-free zone) est toutefois la seule chose qui le soit dans ce disque extrêmement sombre, mais de toute beauté.
DJ Sprinkles : Midtown 120 Blues
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4 novembre 2008 @ 0:07
par raph
L’entreprise de départ pouvait s’avérer vraiment creuse : à l’heure d’un intérêt renouvelé pour la deep house, le très sympathique nounours du New Jersey et grand maître du genre Kerri Chandler décidait de ressortir tous les jouets électroniques auxquels il avait eu recours durant sa déjà longue carrière (24 ans) de producteur pour en tirer une poignée de morceaux aux accents old school. Dans un petit texte accompagnant ce double CD — commençant traditionnellement par le couplet « j’étais là avant tout le monde » propre aux légendes US — Chandler pousse l’exercice jusqu’à nous livrer une sorte d’archéologie des outils de programmation, ce qui donne quelque chose comme : « quelle joie de

Kerri et un ami
recevoir à Noël un Challenger 2P ! Mais c’est pourtant la Commodore 64 qui a changé ma vie ». Sauf que… Eh ! bien, oui, ce qui aurait pu n’être qu’un manuel à l’usage des historiens et des curieux est une énorme réussite ! Loin, très loin, des pénibles envolées garage un peu trop lyriques auxquelles il s’est souvent livré — ici pas de chant, sauf sur un morceau — Kerri Chandler ressuscite la house dans ce qu’elle a de plus entêtant et accrocheur, avec des envolées superbes, des synthés fous, des digressions jazzy sur des sonorités glaciales. Les fantômes de Moodyman et Theo Parrish planent sur ce son-là — en moins abstrait, en plus dansant, mais avec son lot de frustrations jouissives, comme les violons de Pong qui, suspendus en l’air, ne se développent jamais, ou la rythmique hypnotique de The Box, qui semble ne pas pouvoir s’enrayer. Au final, Kerri Chandler a beau jouer au nerd, il apparaît pour ce qu’il est vraiment : un putain de poète !
Computer games (Deeply Rooted House Records)
Kerri Chandler :
Pong (Panning ball mix)
The Box
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