L’étendue du champ de la machine
4 novembre 2008 @ 0:07
L’entreprise de départ pouvait s’avérer vraiment creuse : à l’heure d’un intérêt renouvelé pour la deep house, le très sympathique nounours du New Jersey et grand maître du genre Kerri Chandler décidait de ressortir tous les jouets électroniques auxquels il avait eu recours durant sa déjà longue carrière (24 ans) de producteur pour en tirer une poignée de morceaux aux accents old school. Dans un petit texte accompagnant ce double CD — commençant traditionnellement par le couplet « j’étais là avant tout le monde » propre aux légendes US — Chandler pousse l’exercice jusqu’à nous livrer une sorte d’archéologie des outils de programmation, ce qui donne quelque chose comme : « quelle joie de
recevoir à Noël un Challenger 2P ! Mais c’est pourtant la Commodore 64 qui a changé ma vie ». Sauf que… Eh ! bien, oui, ce qui aurait pu n’être qu’un manuel à l’usage des historiens et des curieux est une énorme réussite ! Loin, très loin, des pénibles envolées garage un peu trop lyriques auxquelles il s’est souvent livré — ici pas de chant, sauf sur un morceau — Kerri Chandler ressuscite la house dans ce qu’elle a de plus entêtant et accrocheur, avec des envolées superbes, des synthés fous, des digressions jazzy sur des sonorités glaciales. Les fantômes de Moodyman et Theo Parrish planent sur ce son-là — en moins abstrait, en plus dansant, mais avec son lot de frustrations jouissives, comme les violons de Pong qui, suspendus en l’air, ne se développent jamais, ou la rythmique hypnotique de The Box, qui semble ne pas pouvoir s’enrayer. Au final, Kerri Chandler a beau jouer au nerd, il apparaît pour ce qu’il est vraiment : un putain de poète !
Computer games (Deeply Rooted House Records)
Kerri Chandler :
Pong (Panning ball mix)
The Box

