post Différence et répétition, endurance et vitesse

27 mai 2009 @ 17:17

par Chloé Amandier

Ou comment les Nuits sonores 2009 ont mis nos capacités d’endurance au défi.

Vendredi 22 mai. Minuit et des poussières. Coddo, Max et moi décidons de poser un pied (et un seul) sur le dance-floor rythmé par R. Villalobos. Il pousse la performance jusqu’à jouer cinq heures d’affilée. De quoi nous laisser le temps d’aller sur les autres scènes. Erreur ! À mon avis, ils ont pulvérisé quelque chose dans l’air de fortement progestéroné. Impossible de quitter le dance-floor. Tu te retrouves piégé comme un con, à danser quatre heures, sans même les voir passer, sans même aller pisser. Est-ce cela, le secret des grands marathoniens ? Un rythme parfaitement calé, des cymbales plein les oreilles, un souffle continu, une transpiration fluide via des pores finement ventilées par le plein air ? La recette est efficace et ce soir là, plus encore que les autres, nous avons réussi à ne profiter que d’un tiers du plateau proposé. Au moins, si je n’ai pas le don d’ubiquité en de pareils moments, c’est celui de la fidélité qui me réussit.

Un DJ set qui fait la différence. Tous les disques fusionnent, baisent, les uns avec les autres. Tous se superposent. L’art de l’enchaînement, Villalobos en fait une théorie du couple. Finie la frime du cross fader. Quand tu viens avec deux cents tracks pour mixer une nuit, ça en impose. La différence, c’est ce 1+1=3. Tu n’entends que ça, d’ailleurs. Cet espace sonore indicible d’où surgit le triolisme, summum de la pratique. C’est l’esthétique de l’endurance dans ce qu’elle a de procréatif.

Quand je vois débouler un jeune homme masqué par un sweat à capuche noir, je demande à Coddo si la faucheuse était sur la liste ce soir. « Non, ma biche, elle a laissé sa faux à l’entrée. » Et là, sous les projections des Anti-VJ, j’ai eu l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, tant elle se détachait du temps présent. Les visuels sont beaux, dignes d’une pochette d’Autechre. Les flashes, plus distingués que les habituels stroboscopes, me transpercent la rétine. Et la répétition d’une même scène, déclinée par des boucles de techno, se fait sentir. Elle survient, dans le sordide, lorsque nous sommes passés de 125 BPM à 145… km/h sur le quai Perrache dans Lyon. C’est dans ce taxi lyonnais qui devait nous ramener chez nous que j’ai compris que la faucheuse pouvait s’objectiver dans ces vingt seules unités de vitesse-là. Et se rendre visible dans les flashes technoïdes qu’étaient les feux rouges grillés à répétition de long d’une avenue.

Vivre différemment la nuit, c’est faire un festival en province, se dit le Parisien.

Une rapide recette de la différence

Une rapide recette de la différence

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post Don’t steal music, steal records ! (2)

15 juillet 2008 @ 19:40

par xxx

« (…) Sans tomber dans un fonctionnalisme extrême qui consisterait à soumettre les musiques électroniques à l’impératif d’un être-ensemble festif et dansant, il n’est pas faux de dire que la motivation principale des remix est d’obtenir un effet performatif sur l’esprit et les corps, dans des contextes variés mais liés à la danse ou à sa retombée (chill-out), et souvent bien sûr à la drogue. Cette orientation pragmatique des musiques électroniques se conjugue malaisément avec une critique des formes qui reviendrait à “lire” ou “annoter” un morceau comme on lit un texte.

Les musiques électroniques n’ont rien à voir avec un commentaire de texte. Rien à voir non plus, malgré les analogies que pourrait suggérer l’expression de “sculpture sonore”, avec l’écoute analytique encouragée par la musique accousmatique ou concrète, qui se place d’emblée en face d’un matériau musical préalable à toute structuration, donné en deçà de toute médiation (l’“objet sonore”, sorte de négatif du système de contraintes musicales). Le DJ ne se place pas face à l’objet sonore (musique concrète, façon Pierre Schaeffer), il ne s’immerge pas non plus directement dans le son pur (musique minimaliste, La Monte Young). Disons qu’à partir de la répétition originaire d’une cellule rythmique qu’il a pour charge de faire vivre tout au long de la performance, il s’oriente par métonymie, selon des rapports de contiguïté, dans un univers musical constitué d’innombrables titres gravés avant tout dans les microsillons de sa mémoire. L’œuvre est donc plutôt contournée ou court-circuitée qu’abolie, et c’est pourquoi il n’y a pas non plus à faire ici toute une histoire de l’absentement de l’œuvre, ou du désœuvrement de l’artiste. »

Elie During, « Flux et opérations : prolégomènes à une métaphysique électronique », in Philosophie des musiques électriques, Rue Descartes n°60, PUF, mai 2008, p. 60-61.

Bonnes vacances… !

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