En 1971, Françoise Hardy enregistra un album que bientôt quarante ans d’âge n’ont pourtant pas fait vieillir. Au milieu du reste, une chanson qui n’en est pas une.
Lorsque cet objet musical en était à son enregistrement et, plus avant encore, à sa conception, The Cure existait déjà. On n’en parlera donc pas comme d’un lieu d’où leur musique serait originaire. Les limites du temps fluctuant dès qu’à leur bord symbolique, une nouveauté qui avait pu avoir un précédent voire davantage rétrograde dans l’antérieur à ce qui lui est antérieur, voilà la chronologie cul par-dessus tête.
En d’autres termes, I’m a cult hero précéda, dans l’esprit, ce que fit The Cure, bien qu’il le suivît chronologiquement. Ce genre de renversement s’accomplit tous les jours, pour peu que l’on découvre quelque chose ou quelqu’un dont on comprend, puisqu’il n’attendait que ce moment pour exister à nos yeux, qu’il préexistait à la rencontre, y compris en nous-mêmes. Seuls risquent de ne pas comprendre ceux à qui l’idée de rencontre est étrangère.
Un entrefilet m’apprend que le patron de la Société Générale, Daniel Bouton, va toucher une retraite d’un motant de 2.000 euros.
Par jour.
Cette somme d’argent s’est substituée au chiliogone cartésien (cf la sixième des Méditations). Pour prendre la mesure de l’absence de sens du monde, ce n’est plus d’une figure géométrique qu’il faut se munir, mais d’une somme d’argent. Les concevoir, oui, mais impossible d’imaginer ces 2.000 euros – par jour. Descartes y trouvait un effet d’émerveillement sur les capacités de l’entendement humain, heureux homme.
À pareille absence de sens, en raison de la déchirure radicale que l’incommensurable commet, je ne comprends pas que l’on n’ait pas répondu par des actes de folie collective. Comment cet homme n’a-t-il pas encore été lacéré, dans un accès de folie, par une troupe de femmes rendues folles par l’ivresse et la perte de toute mesure ?
Rien de tel qu’un chœur de poulets pour se calmer après cela.