Le 26 novembre 2009, PoneyClub 54 embarquait pour un voyage aux Pays-Bas, avec un guest mix signé I-F, Intergalactic fm alias Ferrenc, pour une traversée historique de l’electro-disco : depuis les années 1980 avec Giorgio Moroder, Kraftwerk ou Alexander Robotnick, jusqu’aux tracks bondissants d’Alden Tyrell ou Electronome. Un périple intergalactique dans l’univers de l’electro, précédé d’une sélection de saison : Koudlam, Seth Troxler, JTC, Tensnake, Bot’Ox, entre autres.
Le podcast de l’émission est disponible sur le site de Radiocampus Paris, à cette adresse.
Ou comment les Nuits sonores 2009 ont mis nos capacités d’endurance au défi.
Vendredi 22 mai. Minuit et des poussières. Coddo, Max et moi décidons de poser un pied (et un seul) sur le dance-floor rythmé par R. Villalobos. Il pousse la performance jusqu’à jouer cinq heures d’affilée. De quoi nous laisser le temps d’aller sur les autres scènes. Erreur ! À mon avis, ils ont pulvérisé quelque chose dans l’air de fortement progestéroné. Impossible de quitter le dance-floor. Tu te retrouves piégé comme un con, à danser quatre heures, sans même les voir passer, sans même aller pisser. Est-ce cela, le secret des grands marathoniens ? Un rythme parfaitement calé, des cymbales plein les oreilles, un souffle continu, une transpiration fluide via des pores finement ventilées par le plein air ? La recette est efficace et ce soir là, plus encore que les autres, nous avons réussi à ne profiter que d’un tiers du plateau proposé. Au moins, si je n’ai pas le don d’ubiquité en de pareils moments, c’est celui de la fidélité qui me réussit.
Un DJ set qui fait la différence. Tous les disques fusionnent, baisent, les uns avec les autres. Tous se superposent. L’art de l’enchaînement, Villalobos en fait une théorie du couple. Finie la frime du cross fader. Quand tu viens avec deux cents tracks pour mixer une nuit, ça en impose. La différence, c’est ce 1+1=3. Tu n’entends que ça, d’ailleurs. Cet espace sonore indicible d’où surgit le triolisme, summum de la pratique. C’est l’esthétique de l’endurance dans ce qu’elle a de procréatif.
Quand je vois débouler un jeune homme masqué par un sweat à capuche noir, je demande à Coddo si la faucheuse était sur la liste ce soir. « Non, ma biche, elle a laissé sa faux à l’entrée. » Et là, sous les projections des Anti-VJ, j’ai eu l’impression d’avoir déjà vécu cette scène, tant elle se détachait du temps présent. Les visuels sont beaux, dignes d’une pochette d’Autechre. Les flashes, plus distingués que les habituels stroboscopes, me transpercent la rétine. Et la répétition d’une même scène, déclinée par des boucles de techno, se fait sentir. Elle survient, dans le sordide, lorsque nous sommes passés de 125 BPM à 145… km/h sur le quai Perrache dans Lyon. C’est dans ce taxi lyonnais qui devait nous ramener chez nous que j’ai compris que la faucheuse pouvait s’objectiver dans ces vingt seules unités de vitesse-là. Et se rendre visible dans les flashes technoïdes qu’étaient les feux rouges grillés à répétition de long d’une avenue.
Vivre différemment la nuit, c’est faire un festival en province, se dit le Parisien.
Et toi, tu es capable de faire mieux qu’Elana Meyer à Tokyo en 2000 ? Je te le propose en 67′17” et je te rappelle qu’il faut quand même parcourir 21,1 km.
Qu’on se le dise ou se le rappelle : Marianne Faithfull brille premièrement et peut-être surtout en tant qu’interprète. Cette capacité à faire des chansons que l’on confie à sa voix hésitante autre chose que prévu ne date pas d’aujourd’hui : Broken English offrit en son temps à l’ancienne égérie pop délabrée par son passage près du rock (et près de seulement, j’insiste) un mariage avec le mot histoire.
Aucun divorce en vue : dans l’album Easy come, easy go, elle interprète les chansons des autres avec d’autres. La réussite est presque totale 1 Antony, Rufus Wainwright y brillent, parmi d’autres.
J’avais l’embarras du choix : j’ai préféré une chanson d’Isaac Hayes sur laquelle intervient Sean Lennon (pop, vous dis-je). Qui soutiendra que Marianne Faithfull remplit mal ce rôle de composition ?
Marianne Faithfull : Salvation
Je réserve une note pour dire ceci : que la version de Somewhere, chanson des faux-espoirs empruntée à West Side Story, n’aurait pas dû figurer sur le disque, car Marianne Faithfull autant que Jarvis Cocker possèdent certes tous deux une voix, mais pas une voix de chanteurs. Sans hésitation, je réclame que ce duo calamiteux n’ait jamais été enregistré. ↩
1 - Love Hate Sun Rain You / Patrick Moraz
2 - Quasar - Original Mix / Ilya Santana
3 - Athene / Hercules and Love Affair
4 - Millions Of Images / Gus van Sant & William Burroughs
5 - Let It Happen (Vocal Mix) / Lindstrøm & Solale
6 - Here Today / Al Usher
7 - Moon Unit Pt.1 / Paul Mogg
8 - Aeroplane / Aeroplane
9 - In my Spaceship / Jan Turkenburg and His Pupils Of The Geert Grote School
10 - Video Magic / Eberhard Schoener · Sting - Andy Summers
11 - Miss Broadway (Belle Epoque) / Glass Candy
12 - Farmer Gabriel / Moebius - Plank - Thompson
13 - fax the fax / fax the fax
14 - Grand Illusion / Donna Summer
15 - Guardian Angel / Jan Akkerman and Kaz Lux
16 - Eruption / Van Halen
17 - Un voyage sans gravité / Frédéric Gerchambeau