Dire qu’on est gay, ce n’est pas comme dire qu’on est un morse. Voir pour cela sur l’album Magical mistery tour sur lequel figure la chanson dont je pus dire longtemps, avant mes douze ans, qu’elle était ma préférée. Depuis lors, j’ai compris la vie.
Il se produit dans toutes les salles, on se repasse ses tracks et ses remixes de compilation en compilation, sa musique passe partout – seule sa tête ne passe plus les portes, à force d’avoir enflé. Il s’appelle Gesaffelstein
Cette musique répond étrangement aux images qui sont pourtant supposée lui répondre. À moins que la musique et les pleurs soient le réponse à la question que je suis.
Comme il est arrivé qu’on me reproche de ne pas accorder assez d’importance à la branche hard du rock, de même qu’à ses bourgeons, surgeons et autres, je commence en douceur.
La musique, que je sache, depuis 1970, n’a pas a ce point changé qu’on puisse effectivement affirmer que nous ayons changé d’oreille, l’un étant supposé la conséquence irrémédiable de l’autre. Cette année-là néanmoins et pour la première fois seul aux commandes, Robert Wyatt a essayé ou, avec une certaine avance dont le terme n’est toujours pas atteint, de changer une oreille, sinon la sienne, du moins la nôtre. Le free jazz était passé par là, le rock progressif aussi qui s’appelait d’une certaine manière Soft Machine, mais depuis 1970, l’étrangeté1 de cette musique et de l’effet qu’elle produit sur notre oreille, un peu différente quoiqu’au fond toujours la même, reste valable.
On notera que la voix de Robert Wyatt (dont il était question précédemment) n’avait pas atteint le degré de nécessité où elle flotte depuis. Chaque chose en son temps.
Robert Wyatt : Las Vegas Tango (part 1)
Ruth est plus étrange que Robert, souvenons-nous-en. ↩
Certaines choses changent – les goûts, les mots pour le dire – et d’autres demeurent, qui sont moins de l’ordre de l’éternité que de la catégorie des vérités. Ce qui est sombre (mais en anglais on dit dark) dépend moins du moment où l’obscurité l’environne que de la pensée de qui s’y glisse. Je ne crois donc utile ni de rappeler ni de faire référence, deux renvois à une prétendue éternité de la musique, lorsqu’il est question de cette face sombre : pas de nom, par conséquent sur quoi s’appuyer, sinon celui choisi pour dire ce qui est sombre en plus de le faire entendre – Musik Macht Frei. Antiphrase d’une antiphrase, paradoxe d’un paradoxe, ce nom emprisonne autant qu’il libère la musique qu’il met en œuvre. Le titre choisi, Jesus 2K, remplit une même double fonction (éloigner et rapprocher). Toujours est-il que c’est aussi de la musique d’aujourd’hui.