Piano
13 juin 2010 @ 17:48
À cette manière seconde de composer de la musique sans instruments, par le biais de machines qui imitent les sonorités de ces derniers, répond en symétrie la possibilité de traiter les instruments physiques comme si leurs sonorités avaient les mêmes propriétés que celles issues des machines, quand on n’utilise pas pour cela non plus des instruments, mais de simples objets et les bruits qu’ils rendent lorsqu’on les frotte, cogne, agite, qu’on y souffle par telle extrémité ou fait couler du liquide par telle autre, qu’on les brise ou les caresse. Les boîtes à rythme et les synthétiseurs de toutes sortes d’un côté, les enregistrements d’instruments physiques et de voix passés à la moulinette des échantillonneurs et des séquenceurs de l’autre – le résultat est une musique hybride, chaque côté ayant le regard tourné vers l’autre, comme si l’un réclamait une reconnaissance (que le son de tel instrument synthétique est bien imité, par exemple) et l’autre un laisser-passer pour la modernité (sous prétexte qu’elle se manifesterait aujourd’hui de manière exclusive par le traitement ou la mise aux normes numériques).
De là une créativité nécessairement hybride, puisque chaque méthode consiste à faire retour sur l’autre (imitation ou mise aux normes), donc tout aussi nécessairement bridée. On tourne en rond.
Wolfgang Voigt : Verwandlung

