Zoran Music, Nous ne sommes pas les derniers

Zoran Music, Nous ne sommes pas les derniers

Romain Gavras a tourné pour le dernier morceau de M.I.A, Born Free, un clip aux images violentes : une fois arrêtés et acheminés dans le désert, des jeunes gens roux sont assassinés, qui avec une arme à feu, qui à coups de tonfa, certains en courant dans un champ de mines – le dernier de ces morts-là explosant littéralement sous nos yeux.

Ces images ne suscitent pas la réflexion, mais créent une empathie fondée sur le souvenir et un renversement de la haine mise en scène : on ne peut échapper au souvenir de la cruauté dont les nazis faisaient preuve à l’encontre des juifs qu’ils exterminaient (et dont un roman comme Les Bienveillantes de Jonathan Littel a permis de mesurer la fascinante proximité que nous aussi pouvions entretenir avec le mal), mais ce qui peut sortir de la vision de ces atrocités, ce n’est qu’une bouffée de haine à leur mesure – d’autant plus immense qu’elles sont associées à une brutalité arbitraire vis-à-vis des roux beaucoup moins « compréhensible » et « acceptable » que ne le fut celui des nazis à l’égard des juifs, des Serbes à l’encontre des Bosniaques musulmans, des Turcs envers les Arméniens, et ainsi de suite. Autrement dit, à la haine des hommes en armes envers les roux, répond la haine du spectateur envers ces hommes en armes : la haine se mord la queue, la pensée est évacuée au profit de l’émotion et la subversion supposée de ces images n’a plus d’objet auquel se rattacher.

Quand on sait par ailleurs que Romain Cavras a tourné avec Vincent Cassel son premier long métrage, Les Seigneurs, road movie qui met en scène deux roux qui essaient de gagner l’Irlande, terre promise des roux, on se demande si ce clip n’est pas finalement un « produit d’appel » pour le long métrage, voire si le clip de Romain Gavras pour le titre Stress de Justice et sa violence gratuite n’était pas lui-même un « produit d’appel » pour le clip de M.I.A.

Quoi qu’il en soit, une forte odeur de pourriture flotte autour de ces images – celle de la pensée écrasée sous l’émotion ou celle du mercantilisme vaguement peint aux couleurs de « l’engagement ». De quelque côté qu’elle pue, cette bien pensance est conventionnelle. On s’en passera.

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