Ci-dessous une dépêche du journal en ligne Le Monde.
La rapidité avec laquelle M. le recteur Jean-Jacques Pollet a tiré des conclusions sur le suicide de cet homme sur son lieu de travail est confondante : à 10 heures, l’un se suicide, dont un autre trois heures plus tard aura livré publiquement son analyse des motivations.
On me reprochera peut-être ma hâte, à moi aussi, mais je tire deux conclusions de cette dépêche : premièrement, qu’il faut abolir le travail ; deuxièmement et surtout que M. le recteur Jean-Jaques Pollet devrait être démis de ses fonctions. À 4 heures, je lis un article, sur lequel je me fonde pour établir dix minutes plus tard les bases d’un renversement de la société.
Alain Kan : Hollywood suicide
Un enseignant se suicide en salle des profs près de Nancy
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 30.04.10 | 13h12 • Mis à jour le 30.04.10 | 14h26
Un enseignant d’éducation physique a mis fin à ses jours vendredi 30 avril en se tirant une balle dans la tête dans la salle des professeurs du collège Haut-de-Penoy à Vandœuvre-lès-Nancy, en Meurthe-et-Moselle.
« Les premiers éléments dont nous disposons tendent à démontrer que cet événement tragique n’est pas directement connecté à une situation professionnelle, mais davantage à une situation personnelle », a tenu à préciser Jean-Jacques Pollet, recteur de l’académie de Nancy-Metz, lors d’une conférence de presse.
Les faits se sont déroulés peu après 10 heures dans la salle des professeurs qui, selon un correspondant de RTL sur place, est « un endroit reculé de l’établissement ». Les élèves n’ont donc pas entendu le coup de feu. L’homme, qui était âgé d’une cinquantaine d’années, a mis fin à ses jours alors qu’il était seul dans la salle. Deux de ses collègues, qui se trouvaient dans une pièce voisine, se sont précipités en entendant le coup de feu « mais ils n’ont rien pu faire », a précisé la principale. Il était marié et père de famille.
L’enseignant était « remarquablement apprécié et fortement investi dans cet établissement », a ajouté le recteur. Le collège, qui compte un peu moins de 400 élèves pour 35 enseignants, ne se signale pas par un climat de violence particulière.La préfecture de Meurthe-et-Moselle a indiqué qu’une information judiciaire était ouverte.
En 1971, Françoise Hardy enregistra un album que bientôt quarante ans d’âge n’ont pourtant pas fait vieillir. Au milieu du reste, une chanson qui n’en est pas une.
Romain Gavras a tourné pour le dernier morceau de M.I.A, Born Free, un clip aux images violentes : une fois arrêtés et acheminés dans le désert, des jeunes gens roux sont assassinés, qui avec une arme à feu, qui à coups de tonfa, certains en courant dans un champ de mines – le dernier de ces morts-là explosant littéralement sous nos yeux.
Ces images ne suscitent pas la réflexion, mais créent une empathie fondée sur le souvenir et un renversement de la haine mise en scène : on ne peut échapper au souvenir de la cruauté dont les nazis faisaient preuve à l’encontre des juifs qu’ils exterminaient (et dont un roman comme Les Bienveillantes de Jonathan Littel a permis de mesurer la fascinante proximité que nous aussi pouvions entretenir avec le mal), mais ce qui peut sortir de la vision de ces atrocités, ce n’est qu’une bouffée de haine à leur mesure – d’autant plus immense qu’elles sont associées à une brutalité arbitraire vis-à-vis des roux beaucoup moins « compréhensible » et « acceptable » que ne le fut celui des nazis à l’égard des juifs, des Serbes à l’encontre des Bosniaques musulmans, des Turcs envers les Arméniens, et ainsi de suite. Autrement dit, à la haine des hommes en armes envers les roux, répond la haine du spectateur envers ces hommes en armes : la haine se mord la queue, la pensée est évacuée au profit de l’émotion et la subversion supposée de ces images n’a plus d’objet auquel se rattacher.
Quand on sait par ailleurs que Romain Cavras a tourné avec Vincent Cassel son premier long métrage, Les Seigneurs, road movie qui met en scène deux roux qui essaient de gagner l’Irlande, terre promise des roux, on se demande si ce clip n’est pas finalement un « produit d’appel » pour le long métrage, voire si le clip de Romain Gavras pour le titre Stress de Justice et sa violence gratuite n’était pas lui-même un « produit d’appel » pour le clip de M.I.A.
Quoi qu’il en soit, une forte odeur de pourriture flotte autour de ces images – celle de la pensée écrasée sous l’émotion ou celle du mercantilisme vaguement peint aux couleurs de « l’engagement ». De quelque côté qu’elle pue, cette bien pensance est conventionnelle. On s’en passera.
De l’homme fait autrefois sans visage, nous voici maintenant devant une image infiniment triste, parce qu’y apparaît un autre, détestable crapule, que celui-là, incarnation de la jeunesse et de la jeunesse de la poésie. S’il est question d’un regard insoutenable, c’est du nôtre – le sien ne nous regarde pas.
Le concert de louanges rassemble suffisamment de choristes pour ne pas avoir besoin de ma voix, mais je ne peux m’empêcher de signaler l’ahurissement qui m’a saisi à l’écoute du deuxième album de MGMT. Le premier album m’avait secoué : sous les coups du second, je tremblerai encore quand la prochaine décennie sera achevée. Un seul morceau a suffi pour faire vaciller les assises de mes certitudes en matière de pop : à savoir que « tout a été dit », « que l’on vient trop tard », « que la chair est triste, hélas », et autres fariboles.
Il est trop tôt pour mesurer la puissance de ce séisme sur l’échelle ouverte du bouleversement musical. Quant à son épicentre, quoiqu’il se situe très en profondeur, on n’a pas fini de s’étonner que les murs de la pop aient tremblé à des distances si considérables. Rendez-vous dans quelques mois et dans quelques dizaines d’écoute : on commencera peut-être à y entendre plus clair et à y comprendre quelque chose.
La cohérence graphique, voilà une manière d’affirmer qu’on ne s’occupe pas uniquement de mettre de jolies images sur ce que l’on fait. Penser son travail d’un peu plus loin que du cagibi mal rangé de l’immédiat, voilà de quoi quitter le domaine de l’inoffensif.
Richard d’Alpert et Andrew Claristidge, autrement dit Acid Washed, seront les invités de PoneyClub 54 jeudi 15 avril 2010.
Pour patienter, un clip plongé dans des couleurs acid – comme leur nom l’indique. Vous pouvez aussi retourner par ici où j’avais déjà dit deux mots de ce duo nouvellement arrivé. Quand on aime, on ne compte pas.
Attrapé chez nos amis de Nogomag, le clip du premier morceau issu de l’album à venir de LCD Soundsystem.
On peut déplorer la trop grande parenté de la voix avec celle du Bono new age de ces derniers temps, mais les chœurs rappelleront à ceux qui savent ceux de la trilogie berlinoise de Bowie.
Tout ce qui existe de cette trilogie nous est déjà connu, ce à quoi ceux qui savent continueront de pleurer à chaque écoute de LCD Soundystem avec l’impression d’accéder à une dimension parallèle – une dimension dans laquelle on n’en finirait jamais d’entendre de nouveaux morceaux de la trilogie berlinoise.
Par ailleurs, il arrive à ce morceau d’être entraînant.
« J’aime les “morceaux longs”.
— Mais celui-ci ne l’est pas.
— Et alors ?
— C’est contradictoire.
— Non, car un “morceau long” peut parfois aussi être court.
— Effectivement, ce n’est pas contradictoire : ça n’a pas de sens.
— Crois-tu que la longueur se mesure seulement en minutes et en secondes ?
— Et en quoi, alors ?
— En potentiel. Un “morceau long” est construit sur une extension potentiellement infinie de sa durée.
— Une boucle, donc.
— Du tout : une boucle n’a pas de durée (de l’instant t à l’instant t+n) mais une circularité fermée au temps. On peut dire alors qu’elle n’est elle-même qu’un instant dilaté (dila-t). La durée n’est que dans ce qui s’y ajoute et produit de la variance.
— Une boucle, c’est l’éternité ?
— Oui, et un “morceau long”, c’est l’infini. Un “morceau long” pourrait ne jamais finir : sa potentialité est infinie, mais non fermée.
— J’ai compris.
— Écoute, à présent. »