ceci n'est pas un corps de femme

ceci n'est pas un corps de femme

Décidant que le corps tel qu’il est ne convient pas à l’ostentation – vieille scie bien connue –, les directeurs artistiques, si j’ose dire, dans la publicité, imposent au spectateur des corps tels qu’il n’en existe pas et aux femmes, lesquelles subissent plus visiblement que les hommes les effets de retouches numériques, des postures impossibles à tenir.

intenable

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Ce corps gênant n’a pas de rapport avec le trouble qu’on éprouve devant la Grande Odalisque d’Ingres : le processus d’identification supposée, dans la publicité, crée une conjonction entre le corps (ou la beauté ou le statut social ou le confort, et ainsi de suite, mais toujours réductibles au corps) et le spectateur. Le plus ou moins grand écart, je veux dire par là : tout écart, même infime, entre l’image montrée et la réalité du corps, impose le recul et dilate le moment de contemplation de l’image en une durée proportionnelle à la valeur de l’écart. Perdu dans la contemplation de ce corps qui est censé être le mien – c’est-à-dire identifié comme mon propre corps ou possédé par moi sexuellement –, mais auquel je ne peux plus m’identifier, je passe d’une conjonction à une confusion totale. Deux solutions à ce problème duquel seuls les fous sont préservés : la syncope ou vomir.

Vladimir Cosma : Anticorps (sur l’album Insolite & Co., 1969)
08-anticorps

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