- Avec le recul, on peut en effet se demander comment sonna jadis la musique du futur : le futur qu’elle imaginait ou inventait pour son époque…
- Avec le recul, on se le demande
- Aujourd’hui, à l’heure des grands recyclages périodiques, on se demande l’inverse.
- Oui, je vois que y’en a qui suivent…
- C’est un peu désolant
- Certes
- Tu crois que dans vingt ans, on dira de notre époque qu’elle n’a fait que recycler le futur qui s’était inventé quarante ans avant elle ?
- Mmh. Mais n’est-ce pas le cas de toute culture, de fabriquer du futur en recyclant du passé ?
- Tu as raison baby, mais tout marche aujourd’hui comme si le futur était toujours déjà passé. Le présent, au mieux, c’est le futur d’un passé !
- Dis voir, tu n’as pas peur que tout le monde s’ennuie, là.
- (il s’emballe) Il faut bien, à un moment, rompre avec le passé pour que le futur s’invente au présent ! Inventer un présent qui, vu du futur, n’aura pas seulement été un déplacement du passé dans le temps ! Une rupture, je te dis !
- C’est ça baby, en attendant, viens, restons ensemble.
J’éprouve toujours la plus grande difficulté à tenir pour suffisant ce genre de clip qui ne serait rien d’autre que la traduction graphique ou par le graphisme de la musique. Par le truchement de couleurs, de traits, de volumes ou d’effets visuels de toutes sortes, on prétend accompagner le caractère mécanique d’une composition musicale, le souligner, voire le rendre essentiel. On touche alors à une confusion entre le musical et le mécanique, entre le vide et le plein et, en définitive, entre quelque chose qui a rapport à l’humain et au corps humain, et autre chose d’infiniment dépourvu de substance et de corporéité, un corps n’étant justement pas qu’une mécanique.
On me dira que cet exemple constitue un rapprochement type du mécanique et de l’organique, puisque c’est un sismographe ou un électro-cardiographe qui enregistre, semble-t-il, les pulsations ou les secousses de la musique au même titre que celle d’un cœur ou de notre planète. Je considère plutôt que le rapport est renversé et que cet appareil donne davantage l’impression de produire la musique – c’est cette équivalence et cette confusion qui me gênent. J’ai ébauché ailleurs, puis expliqué ici ou là que je trouvais cet usage du graphisme et de la joliesse moins joli et graphique qu’inoffensif, ce qui signifiait qu’on ôtait par ce biais toute force y compris politique à l’objet que le graphisme était censé illustrer. Or, je crois même que cette imagerie prive ce sur quoi elle s’applique de son épaisseur, l’aplatit, l’anéantit. « Ce n’est donc que cela. » pourrait être le mot d’ordre derrière ce graphisme et cette platitude.
Jeudi 21 janvier 2010, le PoneyClub54 se penche sur des objets obscurs. En compagnie des membres du label francp-britannique Desire records, plongée dans les tréfonds de la coldwave avec Project:Komakino, entre autres. Les vieilles machines vintage comme on les adule, des cols à la mode Kraftwerk et autres étincelles puisées du côté de Londres et d’ailleurs. Au programme, de Kasms à //TENSE//, préparez-vous à du dark – mais attention, “dark, no black”. En deuxième partie d’émission, leur mix en direct.
Est-ce par un glissement progressif de la manière dont on fait en 2010 de la minimale que j’éprouve du plaisir à écouter l’album de Clara Moto, Polyamour ? Timid Boy, invité dans le PoneyClub 54 le 14 janvier 2010, disait que dix ans de minimale avaient influé sur l’electro actuelle, subtile manière de prendre la question à rebours, plutôt que de prendre cette musique à rebrousse-poils. Un genre de renversement anti-dépresseur.
La musique de Clara Moto, en fin de compte, n’est peut-être pas quelque chose de radicalement nouveau, mais tout de même autre chose.
À la lisière du bizarre, Jim O’Rourke se fait toujours trop discret pour qu’on se souvienne de lui à n’importe quel moment de sa propre vie d’écouteur. J’allais écrire qu’il « se montre » discret, mais il se cache davantage, derrière des machines perfectionnées, derrière un groupe bruitiste, derrière des pochettes tellement banales qu’on oublie ce qu’elles ont d’étrange.
Les connaisseurs auront déjà entendu, isolément ou dans les diverses formations auxquelles ils appartiennent, les deux Néerlandais qui forment Novamen, à savoir Mr Pauli et DJ Overdose.
Le clip de ce morceau, Lies, est fascinant : quelque part entre Soleil vert, 2001 et un épisode de La Quatrième dimension. S’il avait fallu le dater, j’aurais bouleversé la chronologie, pensant à Visage avec qui la ressemblance est frappante. C’est par un bond dans le temps qu’on s’y retrouve – ou que l’on s’y perd : 2008.
Merci à Robot Junkies pour cette découverte hypnotisante.
D’abord, il y a Bach dont la voix de Nina Simone impose pourtant de rester à la lisière. Le dernier souffle des derniers mots qu’elle prononce et qui étaient aussi déjà les premiers, libère ensuite cette voix de sa force et de son assurance : la chanson prend fin non sur un trémolo maîtrisé, mais dans un tremblement qui lui échappe. Les paroles tout entières, enfin, mêlent la naïveté du cliché à des accents pascaliens – « Joie, joie, pleurs de joie ». N’est-ce pas cette zone-limite qu’on appelle le sublime ?
La musique de Muse ratisse un public large, parce qu’elle embrasse des territoires esthétiques d’une étendue considérable elle aussi. Rock, prog, metal, pop et electro à la fois, elle touche les métalleux autant que les adolescents emo-trucs.
Sur leur deuxième album, Origin of symmetry, un morceau qui s’intitule avec justesse Megalomany combine les ficelles d’un pathos qui dépasse presque les bornes (cordes artificielles, orgue, trémolos dans la voix, coups de cymbales dont semblent dépendre la survie du monde – Roland qui souffle dans son cor désespérément à Roncevaux passerait à côté pour un joueur de pipeau blasé) et un son de synthé gras comme un loukoum, au moment du refrain. Miam, le synthé.