post Devenirs

19 septembre 2009 @ 21:37

par Coddo del Porta
d'où n'en survivrait qu'un

n'en survivrait qu'un

Suffit-il qu’un objet devienne accessible au/à un public pour avoir revêtu sa forme achevée ? Faut-il qu’un discours sur cet objet le consacre, sans lequel il resterait inaccessible dans toutes ses dimensions ?

L’existence de blogs musicaux produit une situation telle que cette question – qui met en cause la portée et la puissance du discours critique – se trouve inversée : des objets (musicaux) y connaissent un redimensionnement ou y atteignent leur forme pleine avant d’avoir franchi le double seuil, naguère si difficile d’approche, de la publication par une maison de disque, puis de la critique musicale.

Le schéma s’en trouve inversé : l’objet devait être déniché, sélectionné, puis enfin produit par des professionnels jouant le rôle de filtres avant que d’autres professionnels, tenant lieu de filtres eux aussi, le sélectionnent en le commentant, le public ayant donc dû subir le discours muet de la maison de disque et celui de la critique avant d’accéder à l’écoute. À présent, il arrive que le public produise un discours critique (certes minimal, puisque parfois réduit à un geste de transmission – « écoute tel morceau à telle adresse ») qui prive tant la critique que les maisons de disques de leur rôle de filtration et du discours qui l’accompagne (car, une fois la musique publiée et répandue dans le public par le public lui-même, le discours critique perd la majeure partie de son pouvoir prescripteur et devient une glose qu’elle n’est pas censée être).

Quel travail pour la critique éjectée du circuit de transmission de l’objet ? J’aperçois deux horizons, l’un convexe sur lequel tout glisserait (mort de toute critique dans un monde où toute création musicale serait accessible à tous partout), l’autre concave où l’activité proprement créatrice de la catégorie de pensée qu’est la critique trouverait de quoi nicher – en substance, la fin du journalisme et l’obsolescence de son organe de « pensée », le dossier de presse.

Le choix n’est pas difficile, d’aller vers l’un ou l’autre de ces lieux futurs (déjà présents) : mort au journalisme, longue vie à la critique.

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6 commentaires »

  1. Oh coddo, oh !

    Commentaire par xxx — 22 septembre 2009 @ 18:57

  2. À quoi je répondrai : hue !

    Commentaire par Coddo del Porta — 22 septembre 2009 @ 20:24

  3. Hugh!
    Tu as raison et c’est très bien résumé… Du coup ça m’en coupe le sifflet.

    Commentaire par Lvis — 10 octobre 2009 @ 1:59

  4. admirablement bien résumé et précis. Ca rebondit ici :

    http://sergecoosemans.com/2009/10/10/dieu-reconnaitra-les-siens/

    Commentaire par sc — 10 octobre 2009 @ 13:22

  5. Merci à vous, Lvis et sc.
    Je rebondis à mon tour sur une phrase de l’intéressant article de sc : « :Le passionné, pourtant, serait, je pense, un très bon client de la presse musicale si celle-ci prenait le pli de s’adresser à son intelligence et non pas de ratisser au plus large et vulgariser un max, question de rentabilité. ».

    Ce serait un euphémisme de dire que les lieux dans la presse où l’on s’adresse encore à l’intelligence sont rares. Les liens avec la publicité produisent un renversement notable, au point que l’on peut même se demander à qui s’adresse la critique.
    Dans une presse dont la survie financière dépend des insertions publicitaires par des annonceurs, on peut en effet considérer les choses selon deux point de vue : une vision naïve dans laquelle le périodique sollicite les annonceurs en fonction du contenu éditorial qu’il entend choisir et une vision réaliste dans laquelle le magazine modèle son contenu éditorial sur les publicités insérées.

    À qui s’adresse la critique dans cette deuxième condition ? Au lecteur, certainement pas : peu importe qu’il soit même tenu pour tel, son rôle se bornant à acheter le périodique et voir les publicités. À l’annonceur, alors ? Une suite de lettres dépourvue de sens lui conviendrait sans doute bien assez, pourvu que les blocs de ce texte critique incompréhensible soient imprimés au-dessous des références du produit promu. Le journal ne s’adresse donc à personne, mais n’existe qu’en suspens et en autarcie. Comment s’étonner dès lors de l’inanité et de l’ineptie des textes produits moins par des journalistes que par des auxiliaires de publicité ?

    Commentaire par Coddo del Porta — 12 octobre 2009 @ 22:04

  6. Je vais me permettre de copier/coller cela vers les commentaires de mon blog parce qu’une fois de plus, c’est dans le mille.

    Commentaire par sc — 13 octobre 2009 @ 21:41

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