J’avais signalé que j’étais Daft Punk précédemment.
Le player ayant été amélioré et sacrément (possibilité de choisir le clavier AZERTY, rythmique pré-enregistrée, modulation des seize sons), c’est à la portée du premier venu.
Encore plus facilement, encore plus qu’avant, je suis Daft Punk. Essaie, tu verras.
Je me souviens, a very long time ago, le générique de la trop méconnue série The Little House in the prairie. La petite Laura dévalant joyeusement un champ de fleurs.
Je me souviens aussi d’articles dans la mythique revue électronique A nite under the influence évoquant non sans nostalgie l’aérien M83 ou les sombres Abstrackt Keal Agram.
L’electropop épique qui copule avec le hip hop compact. Je me souviens avoir voulu prendre l’enfant par la main.
Sortie en cassette, la Chanson d’amour de Catherine Ferroyer-Blanchard est une marque du tournant radical qu’ont pris « les choses » depuis une trentaine d’années dans le domaine de la musique populaire et du lien qu’elle entretient avec le quotidien universel – l’amour, comme son titre l’indique.
Attachée aux années quatre-vingt comme le prouvent tant le format original du support que l’apparente légèreté du morceau – avec un parlé pas même chanté, mais sur un ton badin et dans un détachement certain à l’égard du sujet traité –, cette chanson s’insère pourtant dans un flux général de démission et d’impossibilité qui a pour nom nihilisme.
Les paroles sont éclairantes, qui traitent non plus d’une recherche de l’amour sans lendemain, sous-catégorie importante de la chanson pop des années quatre-vingt, mais de l’indifférenciation dans le néant : l’amour est déjà fini, puisqu’il commence par la fin, l’oubli précède quasiment la rencontre, « en fait non, sans doute pas », « quoi qu’il en soit, ce sera pareil » et « après tout, [on s']en fout ». Rien à chercher, parce qu’il n’y a rien à trouver, « parce qu’il n’y a rien à penser ».
Et la répétition dans le vide de l’apostrophe adressée à personne d’autre qu’à soi-même – « mon amour, mon amour » – se confond avec le cri inarticulé que pousse la chanteuse sans chant. « Rien à penser », mot d’ordre général de l’époque qui n’en est même pas une.
Synthétiseurs, géométrie, pédé : trois ingrédients universels qui devraient faire à tous aimer Principles of Gemometry. Je m’explique.
Lors d’une précédente émission de PoneyClub 54 consacrée aux synthés vintage, que l’on peut écouter à cette adresse, j’ai eu l’occasion de dire combien une trop récente découverte musicale, à savoir Principles of Geometry, m’avait remué.
Dans Murder motel, il est question de « big moustache, it’s sugar free », première preuve que cette musique est pédée1. Si l’on écoute A mountain for president, même sans moustache on se rend bien compte que cette musique est pédée. Et ainsi de suite, de morceau en morceau. Je ne prétends pas que ceux qui l’ont composée sont pédés. Je ne jurerais pas que tous ceux qui l’écoutent soient pédés. Cette musique, aucun doute là-dessus en revanche, est pédée. Écoutez et prouvez-moi le contraire.
Principles of Geometry : A mountain for president
Je réserve pour une date ultérieure un développement de cette théorie et la laisse pour le moment se dérober sous la forme d’une intuition. À quiconque voudrait en discuter, je propose d’aller prendre un verre.
À nouvelle théorie, nouveau fait de langue : pédé est aussi un adjectif. ↩
Francis Ponge, raillant le lyrisme romantique, disait : « J’éternue, je vous montre mon mouchoir – et voilà un poème ». Vangelis qui a pourtant produit l’année suivante – 1982 – quelque chose de phénoménal dont on peut se rappeler par ici, n’a pas lu Francis Ponge en 1981.
D’où cette musique épouvantable, surtout épouvantable à cause de cette épouvantable partie de piano qu’on croirait composée par Clayderman. Quant au clip dans lequel on le voit jouant au piano cette partie épouvantable devant le film projeté sur un écran, au-delà du piano à queue, eh ! bien, j’appelle cela de l’escroquerie. Il a éternué, nous montre son mouchoir – et voici un clip.
Quant à Clayderman, je me demande s’il n’est pas l’assassin de Francis Ponge.
On peut prédire sans se prendre pour Paco Rabanne la disparition à moyen terme de la télévision en tant que média dominant telle que nous la connaissons actuellement – c’est-à-dire du TF1 généralisé dont toutes les autres chaînes ne représentent que la part timorée, encore sous la coupe d’un reste de surmoi. En attendant que le TF1 généralisé de l’économie et de la politique parvienne à mettre en place les conditions de contrôle autant de la diffusion que du contenu d’Internet, c’est là, dans ces tubes, que s’ectoplasmisent les créateurs dans le domaine de l’image, auparavant disparus dans les limbes puisque leur étaient à presque tous fermées les portes de la diffusion télévisée. De ce créateurs, j’exclus les « créatifs ».
Un clip de Fischerspooner montre que, la diffusion par voie numérique étant moins soumise à la censure de type TF1 (je ne pousse pas la naïveté jusqu’à écrire qu’elle ne lui serait « plus soumise »), des mains tremblantes plutôt qu’un emporte-pièce peuvent se donner la liberté d’inventer quelque chose d’in-montrable (au sens où l’on n’oserait pas le montrer sur l’un des TF1 de la télévision). Costume, surjeu, décor, personnages sans visages, lumière crue, substitution de l’image des corps aux corps – qu’y a-t-il de sensé dans ces images ? Quant à ce tremblement dont les mains du chanteur sont saisies, c’est l’électricité d’une chaise que j’en tiens pour la cause.
Quoique ne s’y joue rien de proprement révolutionnaire, je ne crois pas cette sorte d’images inoffensives.