Écouter le dernier album de Mr Oizo – Lambs anger (Ed Banger) – m’a fait sauter les deux couronnes du fond et m’a foutu des gingivites plein la bouche. Résultat, intervention du dentiste un dimanche après-midi férié, 75 euros pour calmer la douleur, merci Quentin.
J’ai pas aimé. Mais pas aimé du tout.
Et pourtant, Mr Oizo pose une pierre blanche dans le paysage électronique avec cet agneau en rogne.
Mon prof d’histoire de l’art aimait à répéter que dans tout nouveau courant, trois type d’artistes intervenaient : les avant-gardistes inventent le genre par leurs expérimentations, les mainstreams l’utilisent intelligemment pour le porter aux oreilles du public le plus large, et les baroques déconstruisent et pervertissent pour signer son arrêt de mort.
Oizo fait partie de la dernière famille, celle qui s’amuse à montrer la vacuité de la hype et le vide, toujours le vide. Mais Quentin Dupieux ne s’arrête pas en si bon chemin : en plus de porter le cadavre de la French touch 2.0, il en profite pour charcuter, pêle-mêle, le clubbing et ses danseurs robotiques/bourrés, les classiques de la house et leurs samples grillés jusqu’à l’os, l’imposture du DJ pousse-disque, les clubs et leurs patrons avides, bref, il déconstruit méthodiquement chaque terme du dico electro en laissant des traces de caca sur toutes les pages.
Il est tellement vindicatif, cet Oizo, que sa rage l’atteint lui même, rognant son talent de compositeur/cut up, salopant sa chemise de DJ imposteur, et éclabousse de vomi sa culpabilité de mec bankable du moment. Bref, pas facile d’être une star de l’underground electro quand on désire ardemment n’être qu’un punk à l’ancienne.
Et c’est là que la magie opére : l’œuvre, ce n’est pas ce troisième album – quasi inécoutable et chiant comme un post de bloggueur à casquette – mais bien Oizo, artiste à part entière qui se débat désespérément dans ce merdier de la nuit en proposant à ceux qui veulent danser de l’indensable, à ceux qui veulent des héros en quadri sa sale gueule de trentenaire fatigué.
Résultat : achetez cet album, mais ne l’écoutez pas, encadrez-le pour le placer dans votre salon avec écrit dessus au marqueur « J’encule les cons qui dansent ! La French touch 2.0 c’est fini ! ». Lisez toutes ses interviews, faites des photocopies et distribuez-les dans les clubs comme des tracts de propagande. N’allez jamais l’entendre mixer (très mauvais), mais conseillez à tout le monde d’y aller, car pour vous, c’est le plus grand DJ du moment.
Bref, participez à la grande œuvre post-moderne de Oizo, car il aura droit à coup sûr à une grande exposition monographique au Palais de Tokyo en 2030, et pour cause : Oizo est le premier DJ à introduire une posture post-moderne dans (aïe !) la scène électronique.
Mr oizo : Gay dentists
PS : Ce dentiste gay met cher à Hamilton Bohannon ! Et Oizo mate…
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