Don’t steal music, steal records ! (2)
15 juillet 2008 @ 19:40
« (…) Sans tomber dans un fonctionnalisme extrême qui consisterait à soumettre les musiques électroniques à l’impératif d’un être-ensemble festif et dansant, il n’est pas faux de dire que la motivation principale des remix est d’obtenir un effet performatif sur l’esprit et les corps, dans des contextes variés mais liés à la danse ou à sa retombée (chill-out), et souvent bien sûr à la drogue. Cette orientation pragmatique des musiques électroniques se conjugue malaisément avec une critique des formes qui reviendrait à “lire” ou “annoter” un morceau comme on lit un texte.
Les musiques électroniques n’ont rien à voir avec un commentaire de texte. Rien à voir non plus, malgré les analogies que pourrait suggérer l’expression de “sculpture sonore”, avec l’écoute analytique encouragée par la musique accousmatique ou concrète, qui se place d’emblée en face d’un matériau musical préalable à toute structuration, donné en deçà de toute médiation (l’“objet sonore”, sorte de négatif du système de contraintes musicales). Le DJ ne se place pas face à l’objet sonore (musique concrète, façon Pierre Schaeffer), il ne s’immerge pas non plus directement dans le son pur (musique minimaliste, La Monte Young). Disons qu’à partir de la répétition originaire d’une cellule rythmique qu’il a pour charge de faire vivre tout au long de la performance, il s’oriente par métonymie, selon des rapports de contiguïté, dans un univers musical constitué d’innombrables titres gravés avant tout dans les microsillons de sa mémoire. L’œuvre est donc plutôt contournée ou court-circuitée qu’abolie, et c’est pourquoi il n’y a pas non plus à faire ici toute une histoire de l’absentement de l’œuvre, ou du désœuvrement de l’artiste. »
Elie During, « Flux et opérations : prolégomènes à une métaphysique électronique », in Philosophie des musiques électriques, Rue Descartes n°60, PUF, mai 2008, p. 60-61.
Bonnes vacances… !
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