musique partout, musique nulle part

« La musique du capitalisme industriel ou post-industriel, comme on voudra, présente un trait qui la caractérise, par delà toutes les différences de genres et de style : son omniprésence. Qu’elle soit discrète ou agressive, planante ou rythmée, ancienne ou moderne, savante ou populaire, la musique constitue la « bande son » de la vie quotidienne des sociétés contemporaines, à laquelle il est pratiquement impossible d’échapper. Certains « espaces piétonniers » des centres-villes comportent des haut-parleurs placés à intervalles réguliers, faisant de la rue un centre commercial à ciel ouvert ; quand il n’y a pas de haut-parleurs fixés aux façades des maisons, les boutiques et les cafés en tiennent lieu. Cette « immense accumulation de marchandises » qu’est la société du spectacle implique un accompagnement musical continu, transformant l’existence tout entière en une suite ininterrompue de spots publicitaires. Ceux qui ne veulent pas subir la musique imposée n’ont guère d’autre recours que d’en produire eux-mêmes une plus bruyante et de la transporter avec eux, dans leur auto-radio ou leur baladeur. (…)

C’est bien à ne pas entendre le bruit de fond de notre civilisation que sert toute cette musique constamment diffusée pour ne pas être écoutée. Un bruit si insoutenable dans sa brutalité que nous préférons le dissimuler sous un flot permanent de musique, beaucoup plus rassurant malgré la souffrance de nos oreilles et la confusion mentale qui en résulte, parce qu’il donne l’illusion d’un sens, comme si le chaos pouvait magiquement engendrer un ordre harmonieux. »

Jean-Marc Mandosio, D’or et de sable, Éditions de l’encyclopédie des nuisances, Paris, 2008, p. 281-282

Un commentaire

  • 25 juin 2008 01:07

    « Je colorie des « silences » sur différentes couches. Ainsi, lorsque j’enlève l’une de ces couches de silence, j’entends une autre couche de silence. Et lorsque j’enlève cette deuxième couche, j’en entends une troisième, car le silence absolu n’existe pas dans notre monde. »
    Stockhausen l’a dit, qui était à rebours ou à rebrousse-poil de tout et de tout le monde.

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