Synthés
19 mai 2008 @ 20:15
J’aime le synthé : c’est un instrument au son tranchant, c’est-à-dire qui ouvre un espace devant toi, qui trace une ligne de temps dans la masse du son et dont les scintillations possibles te rappellent la lumière des étoiles venue en ligne droite de si loin.
Les Midnight Juggernauts ont sorti en août 2007 leur premier album, Dystopia, et il a fallu huit mois pour que la lumière de leur musique arrive à mes oreilles, portée par des synthés en avalanche.
Midnight Juggernauts : Twenty thousand leagues
Le morceau ressemble à une course : la voix du chanteur, ce sont tes pas qui traînassent et manquent de rythme. Tu avances, tu marches vite, mais tu te demandes dans quelle direction ; tu avances, mais on ignore si tu marches tout droit ou si d’un pas au suivant, tu n’as pas tourné sur toi-même, et les maigres notes de synthés qui accompagnent sa voix, c’est la route : comme la marche du chanteur, comme tes pas, la route hésite, et le sol — presque pas du sol, de la terre battue et quelques caillasses. Tu sens le goudron sous tes pieds lorsque les chœurs impriment leur cadence — ils aiment les chœurs, les Midnight Juggernauts, au point de les travailler parfois avec un raffinement à la Brian Wilson, mais moins flamboyant, et puis pas dans ce morceau-là. Tu ne marches plus, à ce moment-là : tu cours — et la route qui s’ouvre sous chaque pas ne frotte pas sous tes pieds. La route, ce sont des synthés, des arpèges, des accords, des nappes : tout à la fois, avec les chœurs en guise de bornes pour te rappeler combien tu avances.
J’en connais un qui dira qu’ils sont très pop, les Midnight Juggernauts, tout de même. Peu importe : quand tu suis la route que les synthés tracent, le plus important n’est pas de savoir où, mais d’avancer.
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