Malgré le temps qu’il faut pour que le décollage s’effectue, on ne se lasse pas d’avoir quitté terre presque neuf minutes durant. Ne sent-elle d’ailleurs pas moins mauvais depuis là-haut qu’en ce moment à hauteur de pâquerettes ?
Cela me rappelle ceci. Musique de la folie, à mon avis, non pas manifestée ou manifeste, mais celle en dedans. Les quelques notes de percussions aux premières secondes suffisent à éclairer instantanément cet intérieur sans cela tapi, lequel s’extériorise sous forme de cri inarticulé instantanément.
Les seuls à la mode le seraient-ils en raison de la menace de disparition qui pèsent sur eux ? Les menaces de disparition formeraient-elles la seule raison d’être à la mode ? Inactuel, car presque mort ou menaçant ruine, inactuel aussi parce qu’il est trop tard pour lui, l’animal à la mode revient pourtant hanter les parages de la musique, mais sous un autre nom encore – dont il a tellement. Tenir quelque chose, y tenir et s’y tenir (qui diffèrent de s’en tenir à quelque chose), c’est se déclarer démodé par avance. Ici en cause : les ours.
Est-ce à sa voix excessivement poussée, sinon poussive, que l’on reconnaît l’ironie dans cette chanson de Dutronc ? Chanson à peine triste, chanson grinçante, quoique d’un grincement étouffé, chanson dont la noirceur ne s’entend presque pas. Appelons cela une musique d’humeur.
Parfois, les questions essentielles n’admettent de réponse que sous la forme d’une autre question. Parfois, il n’existe pas de question à laquelle répondrait ce qu’on dirait. À d’autres moments encore, le silence suffit.
Une même hésitation fondamentale atteint aussi qui écoute la musique : on croit tout savoir de ce qui est, on tremble que rien ne survienne qui le dépasse ou l’on préfère ne plus rien écouter du tout. Quelque part dans les limites de ce triangle – ennui, désir et silence –, une musique qu’on n’attendait pas parce qu’elle n’existait pas encore.